Cet enregistrement présente une sélection musicale divisée en deux grandes parties. En premier lieu, la musique familière à Don Quichotte : musique antérieure à 1605 avec des vers d'anciens romances. Comme on le sait, le personnage de Cervantes est un chevalier anachronique qui vit sa fiction littéraire ancré dans des temps révolus et, pour cette raison, l'auteur a situé certains passages de son roman en faisant référence à des musiques archaïsantes, comme le romance "Où êtes-vous, ma dame?" (romance du marquis de Mantoue), présent dans cet enregistrement. Les compositions '"On endort le vilain" et "Ma dame, après vous avoir vue", antérieures également à la date de publication du Quichotte, sont un exemple complémentaire de ce caractère traditionnel.

D'autre part, la musique qu'Alonso Quijano et Cervantes lui-même écoutaient a été incluse ; c'est-à-dire, celle des premières décennies du XVIIème siècle. Pour ce faire, on suit le fil de la narration cervantine et on lit avec attention les passages qui permettent d'introduire de la musique et des vers de natures diverses, recueillis dans les chansonniers poético-musicaux de l'époque, comme par exemple le Chansonnier Musical de Turin, les Romances et paroles à trois voix (Romances y letras a tres voces), le Chansonnier Poético-musical hispanique de Lisbonne, le Chansonnier de la Sablonara et le Livre des tons humains (Libro de Tonos Humanos) ainsi que quelques autres qui contiennent un excellent répertoire de romances lyriques et de textes à chanter.

Les poèmes de Cervantes lui-même, qui jalonnent le discours du Quichotte mais ne furent jamais mis en musique, sont du plus grand intérêt pour l'auditoire actuel : "Arbres, herbes et plantes vives", "Voici venir Sancho Pança", "Passion d'amour écarte l'âme", "Amour, quand je viens à songer" et "Ci-gît le robuste hidalgo". L'équipe scientifique, formée par le Docteur Lola Josa (Université de Barcelone, département de philologie espagnole) et le Docteur Mariano Lambea (CSIC, Département de musicologie) les a sélectionnés et adaptés en suivant la technique du Contrafactum, en se basant sur la vieille habitude de l'époque selon laquelle certaines poésies étaient systématiquement chantées "sur le ton de" chansons connues et appréciées de tous. En même temps, d'autres poèmes de Jorge Manrique, Garcilaso de la Vega, Lope de Vega ou Luis de Gongora, avec leur musique respective, illustrent des épisodes précis de la narration de Cervantes.

Finalement, ce parcours du Quichotte n'oublie pas le répertoire instrumental de l'époque (Tiento Grande de 4° tono de Sebastián Aguilera de Heredia) et fait une incursion dans la musique religieuse qui lui était contemporaine. Miserere mei, Domine de Mateo Romero et Super flumina Babylonis de Tomás Luis de Victoria, toutes deux avec des références directes aux passages correspondants du chef d'œuvre de Cervantes.
 
       
       
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